Les enjeux de la politique monétaire

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Frederic Leborgne

La grande récession et des politiques de combat

Rappelons d'abord que les crises de 2008 (choc de confiance à l'égard des banques) et de 2010 (crise des dettes souveraines) ont nécessité des politiques de combat : l'arme budgétaire du côté des états pour pallier l'effondrement de la demande privée, et l'arme monétaire du côté des banques centrales pour alléger le coût de financement des banques et réduire le coût des crédits de l'économie. es dernières ayant augmenté la monnaie de base mondiale de 11000 Mds$ pour redresser l'économie, soit un triplement de la monnaie de base.

La Réserve Fédérale des Etats-Unis

La Réserve Fédérale des Etats-Unis a lancé en mars 2009 son QE1 (Quantitative Easing : achat de titres financiers) pour dégager les banques de leurs créances "pourries" : le bilan de la Fed est ainsi passé de 800Mds$ à 4000Mds$

=> Les effets : un formidable enrichissement des américains (envolée des actions, de l'immobilier, moral à la hausse, la consommation et les investissements sont repartis, création de 200 000 emplois par mois)

=> L'actualité : normalisation de la politique monétaire et question sur comment baisser son bilan sans catastrophe sur les marchés financiers

La Banque Centrale Européenne

La Banque Centrale Européenne, qui n'a pas le droit d'acheter direcement des obligations d'état, a agit sur la liquidité bancaire avec les LTRO (prêt d'argent aux banques pour qu'elles fassent le boulot) : le bilan de la BCE est passé de 1200Mds$ à 3000Mds$

=> Les effets :  échec de la politique monétaire, la confiance n'est pas revenue (ménages et entreprises), le chômage reste à un niveau insoutenable, création d'un climat déflationniste (baisse de l'évolution des prix)

=> L'actualité : après un nouvel échec avec les TLTRO (LTRO assorti de condition de prêt pour 1000Mds€), tentative d'une politique de Quantitative Easing (1140Mds€ à hauteur de 60Mds€ par mois)

Bank of England

La Bank Of England a suivi la Réserve Fédérale des Etats Unis avec une politique de Quantitative Easing : son bilan est passé de 100Mds$ à 300Mds$

=> Les effets : les résultats sont flatteurs mais avec des déséquilibres importants et un déficit budgétaire très élevé (6% du PIB) et une compétitivité très faible (balance courante de -5% du PIB)

=> L'actualité : resserrement de la politique monétaire (stand by du QE)

La Banque du Japon

La banque du Japon a décidé de doubler son bilan en 2 ans

=> Les effets : échec de la politique monétaire, relance de l'inflation sans hausse des salaires, le Yen a perdu 30% de sa valeur vs. $

=> L'actualité : fuite en avant, création de plus de monnaie de base...

La Banque de Chine

La banque de Chine a consacré des sommes colossales pour contenir l'appréciation de son taux de change (stabilisation du Yuan) étant donné son niveau d'exportation : elle détient 4000Mds$ de réserves

=> Les effets : les crédits bancaires à l'économie se sont envolés, entraînant un excès de production et une bulle immobilière (au bord de la crise des subprimes)

=> L'actualité : reporte de la politique d'assainissement du système financier (l'atterrissage en douceur de l'économie semble difficile)

La crise de la dette a donc été traitée par de la dette...

La liquidité dope les marchés financiers (hausse des marchés actions, taux d’intérêt très faibles qui atteignent des niveaux aberrants : taux négatifs) et s’est diffusée à l’ensemble de la planète, ce qui crée une forte volatilité.

La dette publique n’a jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui : on a traité la crise de la dette par de la dette. Dit autrement, le problème de la dette a été mutualisé et reporté dans le temps.

Très récemment (3 dernières semaines), les marchés obligataires ont semblé réaliser que la déconnection entre le niveau des taux et les fondamentaux économiques est potentiellement explosive : le Bund allemand a été multiplié par 10 (beaucoup d’offres, peu de demandes hors BCE) ce qui a créé une perte sur les marchés de 400Mds$.

Cet exemple doit nous rappeler que les politiques monétaires sont expérimentales... et que leur effet à long terme sont méconnus.